Le 11 avril, un coup d’État militaire a eu lieu au Soudan, suite auquel le président soudanais Omar el-Béchir a démissionné. Après cela, les militaires dirigés par Awad Ibn Auf ont dissous le Parlement, les conseils populaires, les cours, ainsi que les parquets. Il faudra assembler de nouveau toute la hiérarchie bureaucratique et peut-être il y aura assez de candidats – tous les prisonniers politiques ont bénéficié des amnisties et seront bientôt libérés.

Le président du pays par intérim, Awad Ibn Auf, a déclaré que :

• Le Soudan ferme l’espace aérien pendant 24 heures et impose également le couvre-feu et l’état d’urgence pour 3 mois ;

• Les frontières du pays resteront fermées jusqu’au moment où l’armée estime que la situation dans le pays est stable et en informe la population ;

• Auf sera au pouvoir pendant toute la période de transition de deux ans, à l’issue de laquelle des élections auront lieu ;

Une révolution venue d’en bas (par opposition à un coup d’État militaire) est toujours une surprise. Il est presque impossible de la prévoir (ceux qui disent le contraire rusent). Cependant, l’augmentation de l’ampleur des manifestations permet d’estimer approximativement le niveau d’énergie négative qui va se libérer. Au Soudan, cette énergie s’est accumulée depuis décembre 2018, lorsque les gens ont battu le pavé à cause de la flambée des prix du pain et du pétrole.

Le 6 avril était le jour de l’apogée, lorsque des milliers de Soudanais ont commencé à se rassembler devant le quartier général de l’armée. On s’est efforcé de disperser les manifestants en utilisant du gaz lacrymogène et des coups de feu en l’air, pourtant la plupart d’entre eux n’ont pas quitté leur position. Ils ont appelé l’armée à soutenir la manifestation et à discuter du « gouvernement de transition » qui remplacerait le président el-Béchir.

Jusqu’au matin du 9 avril, la foule a chanté des chansons, a crié des slogans politiques et a prié collectivement devant le siège de l’armée soudanaise dans le centre de Khartoum.

Dans l’après-midi, les forces de sécurité ont de nouveau tenté de disperser la foule à l’aide du gaz lacrymogène et de tirs en l’air.

Dans la nuit du 10 au 11 avril, l’armée a convoqué un conseil suite auquel on a décidé de destituer le président et son entourage. Avant cela, il y avait eu des informations que les services spéciaux auraient tiré sur les militaires ce qui aurait causé des victimes. Auparavant, les soldats avaient bouclé une foule de manifestants, empêchant ainsi les services spéciaux de la disperser.

Le matin du 11 avril, l’armée a arrêté le président el-Béchir et l’a transporté dans un « lieu sûr ». Dans le même temps, l’armée a annoncé avoir l’intention de créer un conseil militaire qui dirigerait le pays pendant la période de transition.

Il est devenu évident à la mi-journée qu’une version radicale du « scénario algérien » au Soudan était en train de se réaliser – l’armée réprime les services spéciaux, procède à des arrestations et même prend leurs bâtiments d’assaut à l’utilisation d’armes à feu.

Après l’achèvement des arrestations principales, la foule a commencé à célébrer la démission du président. Pourtant, bientôt, la fête a été remplacée par de nouvelles manifestations, car certains opposants estimaient que ce scénario de transfert du pouvoir avait été prémédité et que le nouveau chef de l’État était un homme de l’entourage d’el-Béchir.

Même si c’était vrai, la version algérienne d’un tel roque semble beaucoup plus élégante, parce que, premièrement, il n’était pas sanglant et, deuxièmement, Ahmed Gaïd Salah, l’initiateur principal de toutes les destitutions, a conservé l’image du héros national. Peut-être qu’Awad Ibn Auf aurait également dû trouver un président par intérim sans uniforme (par analogie avec le président par intérim algérien Bensalah qui est à présent la cible de colère de l’opposition).

De toute façon, la personne d’Auf qui est un homme de l’entourage proche d’Omar el-Béchir et son statut actuel de chef de l’État confirment que, malgré la destruction totale de la structure gouvernementale soudanaise, sa fondation est assez solide. À présent, la tâche principale de l’armée consiste à ne pas laisser les manifestations s’échauffer et à sauver ce qu’il reste pour reconstruire le gouvernement.

« Ce qu’il reste » ce n’est pas seulement la hiérarchie de l’élite locale ou la tradition politique, mais aussi les relations internationales. Le Soudan garantit le processus de paix au Soudan du Sud, dont la possible déstabilisation serait une épreuve plus difficile pour toute la région que la démission d’el-Béchir.