La situation est particulièrement complexe en Lettonie : la Cour constitutionnelle du pays a récemment décidé de liquider des écoles dispensant un enseignement en russe dans le cadre de la réforme de l’enseignement. Des dizaines d’établissements d’enseignement ont été touchés.

À partir du 23 avril, les écoles des minorités nationales, y compris les écoles russes, sont obligées d’enseigner dans la langue lettone. Selon la présidente de la Cour constitutionnelle, Ineta Ziemele, la décision du tribunal ne peut pas être contestée.

Il convient de noter que le tribunal n’a même pas tenu compte des arguments des partisans de la préservation des écoles russes. Cependant, les députés du parti parlementaire « Harmonie » se sont déclarés contre la réforme susmentionnée. À leur avis, elle va à l’encontre de plusieurs articles de la Constitution lettone et des obligations internationales du pays.

En outre, une décision aussi radicale éliminera l’enseignement bilingue et violera le droit des minorités nationales de préserver leur identité. Le député Boriss Cilevičs, représentant les intérêts des plaignants devant les tribunaux, a noté que ce système éducatif est très efficace. Les diplômés qui ont suivi les études bilingues sont demandés et compétitifs sur le marché du travail.

Il est à noter que Nils Ušakovs, ancien maire de Riga s’est également rangé du côté de la partie plaignante. Il estime qu’au moins une partie du programme d’éducation devrait être dans la langue maternelle. Pourtant, le Président letton Raimonds Vējonis est convaincu que la réforme permettrait aux jeunes de recevoir une éducation de qualité et de construire leur vie en Lettonie.

Dans ce cas, il ne faut pas considérer la décision de limiter la langue russe uniquement comme une tentative de «blesser» la Russie. Il y a un certain nombre de raisons pour cela. Depuis le rétablissement de l’indépendance, la population lettone ne cesse de diminuer et de vieillir à cause du processus naturel, ainsi qu’à cause de l’émigration (2,5 millions de personnes ont quitté le pays en 1995 et 1,9 million en 2019). La Lettonie, tout comme les deux autres pays baltes de l’ex-URSS, est toujours en train d’édifier sa nation, ce qui est extrêmement difficile dans le contexte de l’émigration massive des jeunes gens anglophones et russophones. L’accord de Schengen ne permettra pas de limiter l’émigration en provenance des pays baltes vers l’UE. Pourtant, il est possible de réduire les liens avec la Russie, y compris pour des raisons idéologiques, ce qui est conforme à la stratégie des élites locales visant à renforcer l’identité nationale. Dans les dix prochaines années, il sera clair, si cela peut aider la Lettonie de préserver son identité vu qu’un grand nombre de jeunes aspirent à quitter les pays baltes et voient leur avenir dans l’Europe occidentale.A