Les élections à la 21e Knesset (Parlement) israélienne ont eu lieu le 9 avril 2019. Le taux de participation a été de 68,5% des votes (4 340 000 électeurs). À l’issue du scrutin, les représentants de 11 forces politiques ont obtenu des sièges au nouveau Parlement. Les élections se sont déroulées conformément au système du scrutin proportionnel plurinominal. Le parti du Premier ministre actuel Benyamin Netanyahou, le « Likoud », a obtenu le plus grand nombre de voix (1 140 000 électeurs). Il a recueilli 15 000 des votes plus que le bloc d’opposition principal, « Kahol Lavan ».

Les experts de l’IAC ont mené des recherches couvrant la situation générale dans le pays au moment des élections, le système électoral israélien, la situation sociopolitique avant les élections à la Knesset de 2019, les campagnes électorales des partis, ainsi que le processus électoral et les événements post-électoraux.

Les recherches ont été effectués par Oleg Bondarenko, politologue russe, observateur public lors des élections à la 21e Knesset, ainsi que par les experts de l’IAC Dmitriï Tikhonov, Sergueï Kalouzhniï, Alexeï Maksimov, Natalia Dmitrieva et Anthony Gigony.

Les dernières élections législatives en Israël présentent un intérêt particulier pour la recherche, car elles étaient particulièrement tendues cette année.

L’effondrement partiel de la coalition au pouvoir abandonnée par le parti « Israel Beytenou » et les contradictions entre les partis restant dans la coalition ont entraîné la dissolution de la 20e Knesset et à l’organisation d’élections anticipées à la 21e Knesset. L’effondrement de la coalition a été causé par l’aggravation des contradictions sur un certain nombre de questions délicates pour la société israélienne. Parmi elles, les principales sont la construction de relations avec le mouvement palestinien Hamas qui contrôle la bande de Gaza et la conscription militaire obligatoire de Juifs orthodoxes.

En 2018, les contradictions sur la conscription militaire ont servi au parti « Israel Beytenou » dirigé par Avigdor Liberman, ministre de la Défense, de prétexte formelle pour quitter la coalition. Bien qu’après sa démission la coalition ait conservé la majorité minimale de 61 voix au sein de la Knesset qui compte 120 sièges, cela l’a rendu extrêmement instable. Au même moment, les contradictions entre le parti du Premier ministre Benyamin Netanyahou « Likoud » et le second partenaire de la coalition, le parti « Le Foyer juif » de Naftali Bennett, se sont aggravées à cause du fait que Bennett avait réclamé d’être nommé ministre de la Défense (ce poste reste vacant depuis la démission de Liberman). Cette tournure des événements était inacceptable pour Netanyahou, car, dans l’affirmative, le poste ministériel le plus important serait occupé par son partenaire junior de la coalition. Dans le cadre de l’escalade du conflit dans la bande de Gaza et de la signature de l’accord de cessez-le-feu avec le Hamas critiquée par de nombreuses forces politiques, le dirigeant du « Likoud » n’a pas pu se permettre un tel affaiblissement des positions.

Récemment, Benyamin Netanyahou est soumis à beaucoup de pressions dans le pays. Il est accusé de corruption, de fraude, ainsi que de perte de confiance. En outre, il est accusé d’avoir aidé des amis fortunés pour avoir des commentaires positifs sur ses activités dans les médias. Netanyahou rejette toutes les accusations. Pour le moment, les audiences sont reportées. Si Netanyahou est reconnu coupable, il risque d’être emprisonné.

En outre, Netanyahou a fait face à son adversaire le plus puissant depuis quelques années – Binyamin Gantz, ancien chef d’état-major de l’Armée de défense d’Israël (Tsahal), qui dirige le nouveau parti centriste « Kakhol lavan » (« l’alliance Bleu et Blanc »).

Les électeurs et les hommes politiques ne peuvent pas être indifférents face à la situation en Syrie et aux relations avec elle. Les citoyens sont également préoccupés par l’activité intense de l’Iran sur le territoire syrien. La situation actuelle liée au déploiement des troupes iraniennes en Syrie qui doivent participer à la lutte contre les groupes terroristes suscite en Israël une irritation et une angoisse fortes, car la rhétorique du régime iranien est hostile par rapport à Israël.

Toutefois, la présence des forces russes en Syrie est considérée comme un contrepoids à l’influence iranienne et comme une garantie que l’Iran n’utilisera pas la force contre Israël, que ce soit directement ou par l’intermédiaire des organisations paramilitaires locales qu’il soutient. Le dialogue intensif entre Benyamin Netanyahou et les dirigeants russes a pour but essentiel d’associer la Russie à ce conflit en tant que garant du maintien de la paix à la frontière entre la Syrie et Israël.

Dans le même temps, les intérêts politiques de l’allié principal d’Israël, des États-Unis, vont à l’encontre du désir d’Israël de recevoir des garanties de Moscou que l’Iran n’utiliserait pas le territoire syrien pour attaquer Israël. Une grande déclaration du président américain Donald Trump sur la reconnaissance de la souveraineté israélienne sur le Plateau du Golan s’explique par la nécessité de montrer que Washington soutient Israël, son chef et son parti pendant la période pré-électorale.

Cependant, les problèmes du règlement du conflit syrien et la participation de l’Iran au développement du pays après la guerre sont primordiaux pour l’Israël. La Russie ne peut négliger la position d’Israël en ce qui concerne le règlement de la crise syrienne, notamment dans le contexte d’une possible lutte contre l’Iran pour l’influence dans cette région.

La visite de Benyamin Netanyahou à Moscou cinq jours avant les élections a fait partie de la campagne électorale. Elle a pour but de démontrer la capacité du Premier ministre actuel à négocier avec des acteurs géopolitiques clés. Dans le contexte de la reconnaissance de la souveraineté d’Israël sur le Plateau du Golan par les États-Unis, la visite à Moscou visait les électeurs qui considéraient la Russie comme un garant potentiel de la sécurité de la frontière nord israélienne. L’intensification du dialogue avec Moscou a permis à Netanyahou et à son parti « Likoud » d’obtenir les suffrages de nombreux électeurs russophones. Ainsi, l’homme politique a affaibli les positions de ses alliés récents du parti « Israel Beytenou », dont la démarche avait entraîné l’effondrement de la coalition au pouvoir.

L’attitude envers le conflit israélo-arabe détermine en grande partie les opinions politiques des citoyens israéliens. Il existe deux concepts du règlement du conflit : en faveur d’un État unifié et de deux États séparés. Vingt-cinq ans après la signature des accords d’Oslo, prévoyant la création de deux États pour deux peuples, seul un tiers des citoyens (34%) ont déclaré qu’ils soutenaient toujours la décision concernant deux États. 19% des gens préféreraient une décision en faveur d’un État unifié, tandis que 27% ont déclaré qu’ils voulaient quelque chose de complètement différent. 9% des citoyens ont voté pour la création d’une confédération israélo-palestinienne dans laquelle chaque État aurait son propre gouvernement, alors que certains problèmes seraient examinés ensemble. Un cinquième des répondants a répondu qu’elle ignorait quelle était la bonne solution.

La nouvelle aggravation de la situation à la frontière de la bande de Gaza, provoquant des tirs de roquettes qui ont touché un immeuble résidentiel israélien, a aidé la coalition de centre-droite à rester au pouvoir. Les actions de force du Hamas conduisent naturellement à une augmentation de la popularité des partis nationalistes et religieux de droite, partenaires traditionnels du parti « Likoud » dans la coalition.

La nouvelle Knesset sera la moins russophone depuis ces 20 dernières années. On n’a élu que six députés russophones représentant les rapatriés. Ce sont les trois députés du parti « Israel Beytenou » traditionnellement préféré par les rapatriés – Ze’ev Elkin (ancien ministre de Jérusalem, ministre de la Protection Environnementale), Yevgeny Sova (animateur de télévision) et Yulia Malinovsky, ainsi que Avigdor Liberman lui-même qui sera également candidat au poste de ministre de la Défense au sein du nouveau gouvernement. En outre, les représentants du parti « Israel Beytenou » occuperont les postes de ministre de Jérusalem, ainsi que de l’Immigration et de l’Absorption. L’adoption de la loi sur le service militaire pour les élèves de la yéchivah (les établissements d’enseignement religieux) sans aucune modification est une condition essentielle de la présence d’Avigdor Liberman dans le nouveau cabinet ministériel. Pourtant, cela pourrait provoquer un différend sérieux avec les représentants du secteur religieux qui ont obtenu beaucoup plus de mandats que dans la Knesset précédente (31 mandats contre 13).

Une coalition possible de droite comprenant les partis tels que « Likoud », « Shas », « Judaïsme unifié de la Torah », « Israel Beytenou », « Union des partis de droite », ainsi que « Koulanou » compte 65 sièges. La gauche a 55 mandats. Cependant, il est peu probable que le parti « Kahol Lavan » dirigé par Binyamin Gantz (le chef d’état-major de Tsahal) et les partis arabes forment une coalition.

Par conséquent, on peut supposer que le bloc de centre-droit et ses alliés clés remporteraient les élections, alors que le chef du parti « Likoud » Benyamin Netanyahou deviendrait le Premier ministre pour la cinquième fois dans sa carrière et pour la quatrième fois consécutive.

On peut affirmer que l’escalade des tensions avec la bande de Gaza et le succès de la politique étrangère ont détourné l’attention du public des accusations contre Benyamin Netanyahou (la corruption et le lobbying d’intérêts des oligarques). Cependant, il est possible que les adversaires de Netanyahou forment une coalition assez forte sur la base du parti « Kahol Lavan ». En défendant les positions de centre-gauche, Gantz aura la possibilité de critiquer activement Netanyahou pour son nationalisme et conservatisme. Cependant, ces orientations politiques bénéficient actuellement du soutien de la société israélienne.

Prochainement, on va publier un rapport dans lequel on présentera une analyse détaillée du contexte historique dans lequel les dernières élections se sont déroulées, de la situation sociopolitique de ces dernières années, des positions des principaux partis et de leurs leaders, des programmes et des campagnes électorales, ainsi que les conclusions et les pronostics principaux faits à l’issue de la recherche.