Le président serbe, Aleksandar Vučić, a mis les forces armées en alerte totale après l’incident survenu dans la république non reconnue du Kosovo. On va examiner les causes de la situation actuelle.

Le matin du 28 mai, les unités spéciales de la police du Kosovo (ROSU) sont entrées sur le territoire des quatre municipalités du nord dominées par la population serbe. Des habitants indignés de la municipalité de Zubin Potok et du nord de la ville de Kosovska Mitrovica ont battu le pavé. Les Serbes ont commencé à construire des barricades pour empêcher le passage des véhicules du ministère de l’Intérieur du Kosovo. En réponse, les forces de ROSU ont commencé à tirer et à lancer des grenades sur la population civile.

Le prétexte à l’invasion était l’intention d’arrêter les Serbes : 26 policiers et 15 civils. Ces personnes auraient été impliquées dans des affaires de corruption. Selon Belgrade, le véritable objectif de ces actions est de laisser Kosovska Mitrovica, la plus grande ville située au nord de la république non reconnue sans protection de la police locale.

Suite à l’opération des unités spéciales, deux Serbes ont été blessés, alors que 23 personnes ont été arrêtées. En outre, Mikhaïl Krasnochtchekov, citoyen russe et membre de la Mission d’administration intérimaire des Nations unies au Kosovo (MINUK) a été également blessé. Il a été battu et arrêté. La Mission de l’ONU a confirmé cette information, alors que l’ambassade de Russie en Serbie a demandé aux autorités du Kosovo de libérer immédiatement le citoyen russe.

Vers 6h29 du matin, le président serbe a donné l’ordre de mettre les forces armées du pays et les unités spéciales en alerte totale. Auparavant, Aleksandar Vučić avait déclaré qu’il ne tolérerait aucune violence contre les Serbes dans la province autonome.

L’OTAN soutient les actions des unités spéciales du Kosovo. Selon le porte-parole de la force internationale de l’OTAN au Kosovo-et-Métochie (KFOR), Vincenzo Grasso, les actions des unités du ministère de l’Intérieur ne sont pas dirigées contre les Serbes. Grasso affirme qu’une opération spéciale anticriminelle se déroule non seulement dans le nord de la république non reconnue, mais dans tout le Kosovo. « L’opération ne vise pas les Serbes, mais les personnes accusées de corruption et de crime », a-t-il déclaré. En conclusion, Grasso a expliqué que la KFOR n’intervient pas dans les opérations de la police sans qu’on lui demande de le faire.

Les tensions croissantes au nord du Kosovo résultent de l’augmentation de 100% des taxes commerciales par Pristina pour des produits serbes. En signe de protestation, les maires des municipalités serbes ont quitté leurs postes. Les élections anticipées du 19 mai ont été remportées par le parti « la Liste serbe » représentant les Serbes du Kosovo-et-Métochie.

Après cela, le 27 mai, le dirigeant du Kosovo non reconnu, Hashim Thaçi, a appelé l’Albanie à la réunion. L’idée de « la grande Albanie » existe depuis longtemps à Pristina. Il est envisagé que tous les territoires habités par des Albanais de souche seraient unis. Cela implique certaines régions de la Grèce, de la Macédoine, de la Serbie et du Monténégro.

Belgrade a rejeté avec indignation l’intention du Kosovo d’établir la frontière albano-serbe. Aleksandar Vučić a déclaré qu’il n’y aurait pas de frontière de « la grande Albanie » traversant les monts Kopaonik (massif montagneux au sud de Serbie). Cependant, le président serbe a souligné que dans les « prochains jours ou mois », on doit s’attendre à des actions violentes de la part des Albanais.

L’incident au nord du Kosovo a eu lieu suite au sommet sur le problème du Kosovo tenu à Berlin le 29 avril. Le président français et la chancelière allemande y avaient participé. C’était le moment où le Président de la Serbie avait annoncé la prochaine réunion qui se tiendrait à Paris du 1 au 2 juillet. À Berlin, les parties n’avaient fait aucun progrès visible.

L’affrontement armé entre les séparatistes albanais de l’armée de libération du Kosovo et de l’armée serbe a entraîné le bombardement de la Yougoslavie par les forces de l’OTAN du 24 mars au 9 juin 1999. La raison officielle de l’attaque était la découverte de fosses communes d’Albanais dans une localité kosovare de Reçak qui auraient été abattus par les troupes serbes. Il s’est avéré par la suite que c’était la falsification des services de renseignement occidentaux.

En mars 2004, les Albanais du Kosovo ont organisé des troubles et ont expulsé de force les Serbes de la province. La province autonome du Kosovo-et-Métochie s’est proclamée indépendante en février 2008. La Cour internationale de Justice a reconnu l’indépendance de la Province en 2010. Plus de 60 pays, y compris la Russie, la Chine, l’Inde, Israël, l’Espagne, la Grèce, Chypre, la Slovaquie, ainsi que la Roumanie se sont opposés à la reconnaissance du Kosovo. On a récemment appris que la police kosovare avait immédiatement libéré Mikhaïl Krasnochtchekov, dès qu’il s’était avéré qu’il était un citoyen de la Russie. La provocation du 28 mai organisée par les autorités kosovares avait pour but de : 1. Déterminer le niveau d’approbation (ou plutôt d’indifférence) de l’UE et de l’OTAN envers le conflit dans les Balkans 2. Tester les capacités défensives de la Serbie, ainsi que la volonté politique de Vučić. Ces deux buts sont atteints : L’OTAN a ouvertement soutenu le Kosovo, alors que Vučić a annoncé son intention de riposter par des moyens militaires. L’escalade pourrait se produire à tout moment, car le conflit ethnique à la frontière reste irrésolu depuis le bombardement de la Yougoslavie. La seule chose qui a gâché le scénario de l’action était l’arrestation du membre russe de la mission de l’ONU. C’est l’attention des organisations internationales, ainsi que la participation au processus des pays opposants à la reconnaissance du Kosovo qui pourraient empêcher le déclenchement du conflit.