La crise autour de l'Iran continue à se détériorer, cela est liée au retrait des États-Unis du «Plan d’action global commun» (PAGC), mieux connu sous le nom d'«accord nucléaire», parmi les signataires, à l'exception des États-Unis et de l'Iran, figurent la Russie, la Chine, la Grande-Bretagne et la France...

Ivan Andrianov, analyste politique, spécialement pour IAC

La crise concernant l’Iran liée au retrait des États-Unis du Plan d’action global commun (PAGC), mieux connu sous le nom d’« accord sur le nucléaire iranien », dont les signataires, outre les États-Unis, sont la Russie, la Chine, la Grande-Bretagne et la France, continue de s’aggraver.

Le 13 mai, on a appris que deux navires pétroliers saoudiens avaient été attaqués au large des Émirats arabes unis. L’un d’entre eux s’est dirigé vers le port saoudien de Ras Tanura pour le chargement, alors que le second a transporté du pétrole aux États-Unis. La réaction du département d’État américain était prévisible et presque instantanée. Dans son interview accordée au journaliste Hugh Hewitt, le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, a déclaré avec un degré de certitude suffisant, sans attendre les résultats de l’enquête, que ces attaques ont été lancées par l’Iran.

Suite à l’enquête, la Communauté du renseignement des États-Unis a indiqué qu’il n’avait été constaté aucune preuve crédible de l’implication du Corps des Gardiens de la révolution islamique (GRI) dans cette attaque.

Le 13 juin, une nouvelle attaque a été lancée contre des navires dans le golfe d’Oman. Un pétrolier Front Altair transportant 75 000 tonnes de pétrole brut, ainsi qu’un navire Kokuka Courageous transportant du méthanol ont été attaqués. Après les explosions, une partie de l’équipage a été évacuée par l’armée iranienne. Les États-Unis ont immédiatement accusé Téhéran d’avoir organisé l’attaque. En outre, cette fois, on a fourni une vidéo montrant des personnes qui fixent une bombe à un des navires.

Pourtant, cette « preuve » était en basse qualité, alors il est impossible de déterminer si les GRI avaient tenté d’attaquer le pétrolier. Les observateurs internationaux, y compris les partenaires américains de l’OTAN, ont également indiqué que l’authenticité de cette vidéo était douteuse.

Ensuite, on a appris une nouvelle encore plus alarmante concernant un drone américain abattu par l’Iran. Une attention particulière est accordée au fait que c’était le RQ-4 Global Hawk, un drone de surveillance, qui a été détruit. Il est à noter qu’à ce moment, ce n’était pas le seul appareil volant dans l’espace aérien iranien. Un avion de patrouille Boeing P-8, transportant 35 personnes, a suivi le drone. Amir Ali Hajizadeh, général de brigade, commandant de la Force aérospatiale de l’Armée des GRI a souligné que l’avion aurait pu être également abattu.

Le RQ-4 Global Hawk, dont le coût est d’environ 200 millions de dollars, a été le premier drone de ce type abattu pendant toute la période de son exploitation. En outre, il a été détruit par le système de défense aérienne iranien, ce qui indique un niveau élevé de développement du complexe militaro-industriel (CMI) de la République islamique d’Iran.

Il est évident qu’un groupe de personnes en faveur d’une solution radicale du problème iranien faisant partie de l’entourage proche du président Trump est devenu plus actif. Selon les experts du service d’analyse Business Monitor International qui a un bureau aux États-Unis et est une subdivision de Fitch Solutions, ce groupe comprend John Bolton, ainsi que Mike Pompeo. Néanmoins, Donald Trump se déclare pour l’étranglement économique de Téhéran et s’oppose au recours à la force militaire.

Par ailleurs, il tient compte de l’opinion des responsables des forces de sécurité américaines et, surtout, des professionnels du Pentagone qui comprennent qu’une opération militaire contre l’Iran ne peut pas être vite. Elle nécessiterait d’immenses ressources financières, causerait de grandes pertes en vies humaines etc., ce qui n’est pas dans l’intérêt du président qui veut être réélu.

Pourtant, les partisans d’une provocation militaire contre Téhéran s’appuyant sur leurs partisans au Congrès n’ont pas encore complètement abandonné leurs plans.

Dans ce contexte, de nombreux experts considèrent les attaques contre les pétroliers dans le golfe d’Oman comme une tentative de renforcer les sentiments alarmistes dans le Capitole des États-Unis. Il est à noter que cet incident pourrait bien être une provocation organisée par les services spéciaux américains ou saoudiens.

Certaines personnes ayant assisté à la dernière réunion de Mike Pompeo avec des représentants des services spéciaux saoudiens affirment que le secrétaire d’État a insisté sur le fait que l’Irak serait exactement la zone que l’Iran utiliserait pour attaquer les Américains. Le secrétaire d’État a utilisé cet argument pour prouver à Riyad et à Abou Dabi la nécessité de soutenir les positions de Washington.

En outre, les services de renseignement américains soulignent que des personnes fidèles à Téhéran pénétraient dans le ministère irakien de l’Intérieur. La nomination de Moustafa al-Kazemi au poste de chef des services de renseignement ayant lieu en 2016 est particulièrement soulignée. On estime que le chef des GRI a personnellement soutenu la nomination d’al-Kazemi, membre du Parti islamique Dawa, un groupe chiite et influent, qui a été exilé en Iran pendant longtemps. Avant cela, dans les années 1980, il avait été chargé de recruter des sources pour les GRI au sein de l’armée de Saddam Hussein. Il est retourné en Irak en 2003 et supervise personnellement les relations avec le Hezbollah.

Malgré les actions d’un groupe d’hommes politiques américains préconisant une résolution radicale du problème iranien, Trump défend un point de vue différent. L’aggravation des tensions pourrait être utilisée par le chef de la Maison Blanche pour se préparer au négociations et en tant que moyen pour renforcer sa position. Les États-Unis ont déjà utilisé une telle méthode en ce qui concerne la Corée du Nord, lorsque deux groupes de porte-avions ont été envoyés vers la péninsule coréenne. 

Il est remarquable que Donald Trump a personnellement annoncé l’annulation de l’attaque prévue contre l’Iran. Selon la déclaration officielle du dirigeant américain, l’attaque a été annulée vu qu’elle aurait pu causer 150 morts parmi les Iraniens, ce qui serait un dégât disproportionné par rapport au drone RQ-4 Global Hawk abattu.

« Lundi, ils ont abattu un drone qui volait dans l’espace aérien au-dessus des eaux internationales », a-t-il écrit sur son compte Twitter. « Nous étions armés et prêts à répliquer hier soir sur 3 cibles quand j’ai demandé combien de personnes allaient mourir. 150 monsieur, a été la réponse d’un Général », a ajouté le chef de la Maison Blanche.

Cette version du président américain est peu probable et semble plutôt être une réponse au geste de bonne volonté de l’armée iranienne quant à l’avion Boeing P-8.

Washington a rarement tenté de réduire le nombre de morts liés à ses attaques militaires, alors que sa limite des « pertes acceptables » est extrêmement élevée. L’exemple en est le bombardement de la ville syrienne de Racca qui avait été anéanti suite aux actions de la coalition internationale dirigée par les États-Unis. Le nombre de victimes parmi les civils reste difficile à estimer. À cette époque, Donald Trump était déjà chef de la Maison-Blanche.

Un autre point important indiqué par les médias internationaux, ainsi que par plusieurs centres d’analyse est le moment choisi pour l’attaque – le 13 juin. C’est à ce moment que le Premier ministre du Japon, Shinzō Abe, s’est rendu à Téhéran. Les experts estiment que l’attaque aurait pu être menée comme une provocation pour changer l’ordre du jour des négociations. Cependant, il est difficile de dire si cette mesure aurait permis de renforcer les positions des Américains en termes de dialogue possible avec les Iraniens. On sait seulement que, suite à la visite du Premier ministre japonais à Téhéran, Tokyo a déclaré qu’il était nécessaire que l’Iran respecte les termes de « l’accord nucléaire ». La République islamique d’Iran a à son tour demandé à Abe de l’aider à apaiser les tensions avec les États-Unis, en jouant le rôle de médiateur.

Le Japon fait partie des pays médiateurs qui contribuent à la résolution de la crise américano-iranienne. Une visite récente de Donald Trump au pays du Soleil-Levant suivi par une visite du Premier ministre japonais à Téhéran en sont la preuve. Selon certaines sources, les Américains mènent également des négociations avec le Koweït concernant les services de médiation.

Téhéran cherche également un médiateur éventuel. Actuellement, Oman ou le Koweït figurent parmi les pays qui pourraient jouer ce rôle. Ces pays ont déjà adopté la position de l’Iran et déclarent que ce dernier est réticent à combattre. Cependant, le Japon reste le pays principal qui s’efforce de réduire les tensions.

La position des États-Unis, ainsi que les mesures incohérentes de la Maison Blanche sont dues à plusieurs facteurs. Premièrement, Washington n’est pas prêt à une vraie guerre avec l’Iran qui dispose d’une armée importante et efficace. Le drone RQ-4 Global Hawk abattu par le système de défense aérienne iranien prouve que Téhéran ne céderait pas l’espace aérien sans se battre comme c’était le cas avec l’intervention américaine en Irak et en Syrie. Le 9 juin, la République islamique d’Iran a testé le système de défense aérienne Khordad-15 étant capable de détecter jusqu’à six cibles dans un rayon de 120 km.

Deuxièmement, le début des hostilités à grande échelle à la veille des élections de 2020 et des pertes en vies humaines inévitables qui y sont liées seront certainement utilisés par les adversaires politiques du président, ce qui pourrait entraîner sa défaite.

Troisièmement, la pression américaine visant à « faire fléchir » Téhéran et à conclure ensuite un nouvel « accord nucléaire » n’a pas donné les résultats. L’Iran n’a pas fait de concessions et a adopté une position défensive active.

Quatrièmement, un conflit militaire direct avec l’Iran provoquera l’effondrement du marché du pétrole.

La Maison Blanche a tiré parti de cette tension et, sans l’approbation du Congrès, a décidé de fournir des armes à la Jordanie, à l’Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis pour un montant de 8,1 milliards de dollars.

Selon des sources ouvertes, les EAU recevront 20 véhicules aériens de surveillance sans pilote RQ-21A Blackjack d’une valeur estimée à 80 millions de dollars, 331 missiles guidés pour le lance-missiles antichar portable Javelin estimés à 102 millions de dollars, ainsi que des missiles à guidage laser APKWS II d’une valeur estimée à 900 millions de dollars. Les instructeurs du Corps des Marines des États-Unis vont faire une formation du personnel militaire des Émirats arabes unis de 100 millions de dollars. En outre, le Pentagone procédera à la réparation et à la modernisation des avions de l’Arabie Saoudite, ce qui coûtera près de 3 milliards de dollars.

En conclusion, il faut noter que l’escalade du conflit actuelle a en fait montré la limite que les autorités américaines ne sont pas prêtes à franchir. Washington n’a pas l’intention de s’engager dans une confrontation militaire directe et d’accroître considérablement son contingent militaire dans la région. Ainsi, selon des déclarations officielles, outre plusieurs navires, 2500 soldat, ainsi que des systèmes de missile sol-air Patriot seraient envoyés au Moyen-Orient. La Maison Blanche a également clairement défini sa position en ce qui concerne le renforcement de la pression économique exercée sur l’Iran.

Téhéran a adopté une attitude attentiste. Les experts internationaux, y compris ceux européens et américains, s’accordent largement à penser que les autorités de la République islamique d’Iran envisagent d’attendre le départ de Trump en espérant que les nouveaux dirigeants américains reconsidéreront leur position quant au PAGC. Pourtant, cela est très peu probable. En outre, cette position aurait été adoptée par l’Iran grâce à l’indice de la part du parti démocrate américain en la personne de l’ancien secrétaire d’État John Kerry qui aurait des contacts informels avec des représentants iraniens. Néanmoins, il n’existe aucun fait fiable prouvant ces informations.

L’escalade du conflit américano-iranien a beaucoup agité les cercles politiques internationaux, alors que les hypothèses sur le début de la guerre entre les deux pays sont devenues plus fréquentes.

Toutefois, le fait que la Maison Blanche a refusé d’attaquer Téhéran après le drone abattu donne à penser qu’un conflit armé n’aura pas lieu.

Actuellement, le principal facteur qui pourrait aggraver la crise américano-iranienne est la possibilité de nouvelles provocations dans le golfe d’Oman ou dans le détroit d’Ormuz, ainsi que dans l’espace aérien au-dessus de la République islamique d’Iran. À défaut, il est possible que les tensions soient apaisées. Pourtant, même dans ce cas, les sanctions américaines ne seront pas levées.

Selon les analystes, l’autre scénario prévoit que Washington déciderait finalement de frapper sur l’Iran. Cependant, cette option semble moins probable.