Après les élections anticipées d’avril à la Knesset (parlement) israélienne (veuillez consulter notre article pour voir les résultats), la situation dans le pays a continué à s’aggraver. Le conflit entre les dirigeants des deux partis de droite puissants, le Premier ministre Benyamin Netanyahou qui dirige le parti le plus important de cette faction le Likoud et le député Avigdor Liberman, président du parti Israel Beytenou, a en réalité arrêté le fonctionnement de l’ensemble du système politique du pays.

Lors des élections d’avril, les partis du camp religieux de droite (le Likoud, le Shas, le Judaïsme unifié de la Torah, Israel Beytenou, l’Union des partis de droite, Koulanou) ont réussi à obtenir au total 65 sièges sur 120. Pourtant, Lieberman (son parti n’a pas obtenu que cinq sièges à la Knesset) a refusé de rejoindre la coalition au pouvoir dans les conditions proposées qui ne donnent aucune garantie quant au soutien à l’application de la loi sur l’obligation militaire universelle avancée par le dirigeant du parti Israel Beytenou.

Les analystes s’accordent pour dire que le déclenchement de la crise politique est causé par le conflit entre les dirigeants d’Israel Beytenou et du Likoud – Lieberman et Netanyahou. Le différend avait pour origine la décision des dirigeants du pays de mettre fin aux hostilités contre le Hamas. Lieberman qui était ministre de la Défense s’est opposé catégoriquement à cela. Lorsque la décision a finalement été prise, le ministre l’a qualifiée de « capitulation face au terrorisme ». Après cela, en novembre 2018, il a démissionné et a justifié sa décision par le désaccord avec la ligne politique du gouvernement.

En novembre 2018, Tel-Aviv a décidé de passer un accord avec un mouvement palestinien le Hamas pour mettre fin à l’effusion de sang dans la bande de Gaza. Cette mesure a été vivement critiquée dans les cercles politiques israéliens. Selon Liberman, le gouvernement israélien a sacrifié la sécurité du pays à long terme pour le gain à court terme. Il a quitté son poste en signe de protestation.

Suite au refus de Liberman de rejoindre la coalition que Netanyahou avait essayé de former après les élections d’avril, le système politique d’Israël s’est trouvé dans une impasse, alors les autorités ont dû organiser les nouvelles élections à la Knesset prévues pour le 17 septembre.

D’après les experts, cette situation est inédite, donc les actions des forces de droite et de gauche sont maintenant chaotiques. Cependant, les partis ont réussi à former cinq coalitions principales après que la Commission électorale centrale d’Israël a fini la procédure d’enregistrement des candidats le 1 août.

1. La liste du parti Likoud dirigé par le Premier ministre Benyamin Netanyahou comprend des représentants du parti Koulanou de centre-droit dont le chef est Moshe Kahlon, ministre des Finances. Selon une déclaration officielle, cette coalition assurera à Kahlon et à ses partisans l’accès à la 5ème, la 15ème, la 29ème et la 35ème position dans une liste commune de candidats.

2. Les partis arabes ont pu rétablir le bloc la Liste arabe unie qui s’était démembré à la veille des élections d’avril. Cette coalition comprend les partis Hadash, Ta’al, la Liste arabe unie, ainsi que le parti nationaliste pro-palestinien Balad.

3. Le parti d’extrême gauche Meretz a fait une alliance avec le Parti démocrate de gauche créé par Ehud Barak, ancien Premier ministre, en formant ainsi le bloc Union démocratique. La députée de la Knesset Stav Shaffir ayant quitté le parti de gauche HaAvoda a également adhéré à ce bloc.

4. Le parti HaAvoda a créé un bloc technique avec le parti Gesher qui n’est pas représenté au parlement du pays et qui est dirigé par l’ancienne députée Orly Levy-Abekasis.

5. Les partis religieux-sionistes le Foyer juif, Ihoud Leoumi et la Nouvelle droite ont créé le bloc Union des partis de droite. Ayelet Shaked qui dirige le parti la Nouvelle droite est devenue chef du bloc.

Il est à noter qu’Orly Levy-Abekasis est la fille de David Lévy, ancien ministre israélien des Affaires étrangères et l’un des dirigeants du Likoud qui a longtemps représenté le parti Israel Beytenou à la Knesset. Dans ce contexte, il faut considérer l’adhésion du parti Gesher à HaAvoda comme une dérive vers la droite.

Contrairement aux attentes, le parti Otzma Yehudit dirigé par l’avocat Itamar Ben-Gvir et le parti libertaire de droite Zehout dirigé par Moshe Feiglin n’ont pas rejoint l’Union des partis de droite. Selon les analystes, l’alliance n’a pas eu lieu à cause des ambitions personnelles des créateurs de l’Union des partis de droite, tout d’abord, à cause de celles de Rafi Peretz qui dirige le Foyer juif et qui est entré en conflit avec des partenaires potentiels en raison de la répartition des positions dans la liste du bloc.

Par conséquent, les partis laissé à l’écart participeront probablement aux élections seuls et non en tant que membres de coalitions, et, selon les prévisions, ne pourront pas surmonter le seuil électoral de 3,25% des suffrages exprimés.

Selon le sondage commandé par le journal Israel Gayom et mené par l’Institut de recherche Maagar Mokhot, si les élections à la Knesset avaient lieu à présent, le Likoud recevrait le plus grand nombre de mandats parlementaires, soit 30 sièges, dont 4 seraient occupés par des représentants du parti Koulanou.

La Liste arabe unie aurait 12 mandats, l’Union des partis de droite – 11 mandats, Israel Beytenou – 10, alors que l’Union démocratique pourrait en avoir 9. Les partis ultra-orthodoxes tels que le Shas et le Judaïsme unifié de la Torah porraient recevoir 7 mandats. Le parti HaAvoda en aurait probablement 6.

Selon le sondage, les autres partis ne pourraient pas surmonter le seuil électoral.

Si pendant le temps qui reste avant les élections il n’y a pas de changements significatifs, les analystes s’accordent pour dire que le résultat final ressemblerait à celui des sondages.

La situation actuelle sur le flanc droit ressemble à celle du début des années 1990. À l’époque, l’alliance entre la Nouvelle droite et l’Union des partis de droite n’a pas pu changer le cour des choses et recueillir suffisamment de votes pour gagner. En 2019, les observateurs indiquent que Netanyahou avait personnellement préconisé l’alliance entre l’Union des partis de droite et le parti Otzma Yehudit, mais les négociations avaient été rompues.

La période précédant les nouvelles élections devrait être divisée en deux parties qui diffèrent par le niveau d’activité électorale dans le pays. La première partie – c’est le mois d’août quand la plupart des israéliens sont en vacances. La deuxième partie comprend le mois de septembre lorsque les citoyens retournent chez eux.

En ce qui concerne la campagne électorale, il faut souligner que Netanyahou possède un avantage sur ses adversaires sous forme d’une communication bien établie avec les électeurs via les réseaux sociaux. Ce facteur joue en sa faveur et lui permet de tirer le meilleur parti de la période pendant laquelle les citoyens qui le soutiennent se trouvent en dehors de chez eux.

Selon les prévisions de Moran Azoulaï, observateur politique du site d’information Ynet, lors des prochaines élections, les grands partis perdront le contrôle de leurs alliés, tandis que les petits partis se renforceront. Netanyahou recevra l’appui des partis de droite, alors que les partis Zehout, Otzma Yehudit, Noam « jetteront probablement les voix à la poubelle ».

D’après Moran Azoulaï, en ce qui concerne le flanc gauche, Ehud Barak créera des problèmes pour l’ancien chef d’état-major de Tsahal et l’un des fondateurs du parti Kahol Lavan, Benny Gantz, « menaçant ainsi l’existence du parti HaAvoda qui risque de rester au-dessous du seuil électoral ». Cependant, Gantz n’a pas essayé d’unir les partis étant plus à gauche que le bloc Kahol Lavan.

Les analystes estiment que les nouvelles élections à la Knesset d’Israël resteraient dans les mémoires comme celles ayant la liste la plus courte des partis participants. Allison Kaplan Sommer, experte du journal Haaretz, souligne que seulement neuf partis avaient de réelles chances d’obtenir des sièges au Parlement : le Likoud, Kahol Lavan, l’Union des partis de droite, le bloc la Liste arabe unie, Israel Beytenou, le Judaïsme unifié de la Torah, le Shas, l’alliance HaAvoda-Gesher, ainsi que l’Union démocratique.

En outre, il convient de noter qu’on a essayé d’annuler les nouvelles élections en Israël. C’est idée a été proposée le 25 juin par Yuli-Yoel Edelstein, président de la Knesset. La raison principale invoquée par l’homme politique était le fait que personne ne veux la réélection et que les citoyens ne comprennent pas pourquoi ils devraient se rendre aux urnes deux fois en six mois. L’initiative a suscité une controverse dans les cercles politiques de l’État et dans l’opinion publique. Cependant, pour le moment, Israël n’a pas de cadre juridique pour annuler le vote.

Bien que les partis ont réussi à créer des blocs et des listes, il existe toujours le risque qu’après les élections le pays se retrouve dans une impasse politique et que la coalition au pouvoir ne soit pas formée. Ce scénario se réaliserait si l’alignement des forces politiques en Israël n’est pas radicalement changé dans le temps qui reste.