En Pologne, la campagne électorale commence officiellement avant les élections législatives. Le 6 octobre, le président Andrzej Duda a signé un décret pour fixer le jour du scrutin − le 13 octobre. Le grand cycle électoral des Polonais ne s’arrêtera pas là, les élections présidentielles sont prévues pour 2020, les députés du Parlement européen ont été élus en mai 2019 et, en automne 2018, le vote pour l’autonomie locale a eu lieu dans les voïvodies. Le parti au pouvoir de Jarosław Kaczyński, Droit et justice, a obtenu un résultat stable. Des experts et des sondages prédisent sa victoire en octobre.

Avant la montée du parti de Kaczyński, il a été dépassé deux fois (en 2007 et en 2011) par son adversaire principal – le parti Plate-forme civique dirigé par le brillant chef Donald Tusk qui a formé la coalition au pouvoir pendant huit ans. Cependant, après que Tusk a occupé le poste de président de la Commission européenne en 2014, le parti a perdu son leader à la veille des élections législatives de 2015, ce qui a impacté inévitablement le résultat. Outre la crise du leadership, il y a eu également une crise d’idées au sein de la Plate-forme civique, car on n’a pas pu trouver une réponse décente à la baisse de la cote de popularité du parti depuis 2013. Lors des élections de 2015, on a également perdu environ un tiers des voix et 69 sièges à la Diète en comparaison avec l’année 2011.

Le conflit au sein de la Plate-forme civique a entraîné un changement de chef. L’héritière de Tusk au poste du Premier ministre et du chef du parti, Ewa Kopacz, ayant perdu les élections, a tenté de procéder à des changements de personnel dans la structure du parti, mais n’a fait que perdre le reste de son soutien. En 2016, Grzegorz Schetyna a remporté la course pour le poste de président de la Plate-forme civique. Son principal rival, Tomas Semonyak, s’est retiré en échange du poste de vice-président du parti, malgré le soutien de Kopacz et de Tusk. Schetyna, bien qu’il était l’un des responsables politiques les plus influents et l’un des fondateurs du parti, avait été en disgrâce depuis 2011 et a perdu plusieurs postes en raison de son conflit avec Donald Tusk. Après avoir pris la tête de la Plate-forme civique, Schetyna s’est efforcé de débarrasser le parti des partisans de Tusk, ainsi que de tous les opposants idéologiques. Six députés de la Diète qui ont violé, selon le dirigeant, la discipline du parti, ont été démissionnés. Le style et les principes sévères de Schetyna en matière d’intérêts du parti ont rallié les rangs de la Plate-forme civique autour de lui, en réduisant l’intensité de la lutte interne du parti et en concentrant les critiques sur ses opposants politiques – le parti au pouvoir, Droit et justice.

Il est très probable que lors des prochaines élections, la Plate-forme civique formera une alliance avec un autre parti libéral, le .Moderne, comme cela a déjà été le cas lors des élections locales d’octobre 2018. À cette époque, leur bloc la Coalition civique avait remporté le vote dans toutes les grandes villes, y compris la capitale, avec environ 27% des voix, ce qui est néanmoins inférieur à leur résultat général lors des élections législatives de 2015. En 2015, étant un parti jeune, le .Moderne a obtenu 7,6% des votes, en retirant une partie de l’électorat de la Plate-forme civique. La popularité du .Moderne a continué de croître, mais le parti n’était pas prêt pour cela : il y avait peu de responsables politiques compétent dans ses rangs et sa popularité élevée était une conséquence de la crise de la Plate-forme civique. Fin 2016, une crise politique est survenue en Pologne, provoquée par le désir du parti au pouvoir de modifier les règles de travail des journalistes parlementaires. Les députés des partis d’opposition Plate-forme civique et .Moderne ont considéré cette initiative du parti Droit et justice comme la poursuite de leur politique visant à restreindre la liberté de la presse et ont bloqué le travail de la Diète. Plusieurs milliers de partisans de l’opposition sont venus vers le Parlement, les forces de police ont été mobilisées pour disperser les manifestants. Les manifestants ont scandé : « V-t’en, dictateur ! » en s’adressant à Kaczyński. Les manifestations ont eu lieu dans d’autres grandes villes de Pologne. L’opposition s’est également déclarée insatisfaite du projet de budget qui prévoyait d’améliorer les conditions de travail pour les migrants ukrainiens, ce qui entraînerait la perte d’emplois pour des centaines de milliers de Polonais.

Grzegorz Schetyna est resté dans le Bureau jusqu’au dernier moment, paralysant ainsi le travail de la Diète. Le 11 janvier 2017, il est parvenu à un accord sur le maintien de la couverture médiatique des activités de la Diète. Cependant, il a appelé le speaker de la chambre basse du Parlement Marek Kuhtsinsky à démissionner. En plus, il a demandé au président de ne pas signer le budget adopté. Alors que le président de la Plate-forme civique défendait les intérêts de l’opposition et de son électorat, le dirigeant du .Moderne Ryszard Petru a pris un congé le 2 janvier 2017, au milieu de la crise parlementaire, ce qui a complètement déçu les partisans de son parti. En novembre 2018, lors des élections internes du président du parti, Ryszard Petru a perdu, alors que Katarzyna Lubnauer, une responsable politique expérimentée, mais n’ayant remporté que des élections locales, a gagné.

Aujourd’hui, tout comme la Plate-forme civique, le .Moderne fait face à un changement de chef et à une perte de partisans en raison du manque d’idées neuves qui puissent sérieusement s’opposer à la politique du parti au pouvoir. Selon certains analystes, l’alliance contrainte de forces libérales similaires au nom d’objectifs électoraux entraînera soit le mariage des deux partis, soit le départ total du .Moderne de la scène politique en cas de résultat peu convaincant lors des élections d’octobre.

Après avoir surmonté la crise politique de 2016-2017, le parti conservateur de droite Droit et justice a retrouvé sa position de leader et a poursuivi son chemin vers la concentration du pouvoir. Grâce à sa majorité à la Diète, le parti de Kaczyński a pu adopter une loi qui contrôle le système judiciaire et le bureau du procureur et élargir les pouvoirs de la police en matière d’accès aux données personnelles des citoyens en écoutant des conversations téléphoniques et en consultant des données personnelles sur le réseau. On a également nommé des chefs de médias fidèles qui soutenaient les réformes du nouveau gouvernement et qui décrivaient les manifestations de l’opposition comme des évènements déstabilisant la situation dans le pays.

La pression externe de la part de l’Union européenne, la critique de l’opposition concernant les méthodes autoritaires de Kaczyński et les accusations d’attaques contre la démocratie polonaise n’ont pas pu faire le parti Droit et justice changer sa politique. En ce qui concerne le soutien des citoyens aux réformes sociales, bien que populistes, il demeure à un niveau élevé. Des prestations sociales orientées sur la population pauvre, la réduction de l’âge de la retraite et le relèvement des salaires minimums – toutes les promesses électorales du parti ont été tenues.

Les élections locales générales d’octobre 2018 en Pologne sont devenues la première épreuve sérieuse pour le parti au pouvoir, car dans ce contexte l’affiliation à un parti est souvent inférieure aux qualités personnelles des candidats vivant à côté de leurs électeurs. Le bloc conservateur Les forces de droite unies qui a réuni, en plus du parti de Kaczyński, les partis Harmonie et Pologne Solidaire, a reçu 33% des voix. La Coalition civique libérale a obtenu 26,7%, le Parti populaire polonais gauchea reçu 13,6%, l’Alliance de la gauche démocratique – 6,6%, le mouvement Kukiz’15 et les candidats indépendants ont remporté 5,9% des votes chacun, les restes – pas plus de 1,5%.

Sur le plan géographique, lors des élections, la Pologne s’est toujours divisée en deux parties : le nord-ouest libéral et le sud-est conservateur, tandis que les partis de droite ont pu gagner dans 9 des 16 voïvodies, y compris dans la Diétine de la Silésie libérale. Il faut souligner les résultats du vote des jeunes électeurs de moins de 30 ans. Ils ont voté en faveur du Droit et justice, le parti de l’ancienne génération, en raison de l’augmentation des allocations versées aux familles ayant des enfants, ce qui a permis aux jeunes d’être plus sûrs de leur avenir et de planifier leur vie familiale. Cependant, toutes les grandes villes ont accordé leur soutien à la Coalition civique.

Les élections européennes de mai 2019 ont créé le nouveau défi pour le parti Droit et justice : les résultats du scrutin ont indiqué si les polonais soutenaient les points de vue franchement eurosceptiques du Droit et justice. Les résultats ont encore une fois renforcé la confiance du parti au pouvoir dans la justesse de sa ligne politique, y compris de celle concernant la scène internationale. Un taux de participation inhabituellement élevé de plus de 45% et le même pourcentage total de votes du Droit et justice en sont la preuve. La Coalition européenne a pu gagner 38,2%, ce qui, selon les experts, ne lui permettra pas de participer aux élections législatives avec les mêmes membres.

À présent, les forces libérales tentent de jouer sur les contradictions dans la société polonaise en ce qui concerne les valeurs traditionnelles, en accordant le soutien à la communauté LGBT. En peu de temps, des actions de solidarité LGBT ont déjà eu lieu dans deux villes – Białystok et Polotsk. Ainsi, la Plate-forme civique espère provoquer les conservateurs à un scénario violent, polarisant ainsi la société et privant les forces de droite du soutien des jeunes électeurs. Des nationalistes d’extrême droite entrent également en jeu. Ils comptent sur le soutien d’une partie du jeune électorat des conservateurs modérés, ainsi que des électeurs catholiques (la principale confession en Pologne). Pourtant, Droit et justice a déjà utilisé avec succès la peur des électeurs, en qualifiant les homosexuels de principale menace pour la société polonaise pendant la campagne électorale lors des élections européennes.

Pour l’opposition, il ne reste qu’à compter sur des fautes graves de Kaczyński et de son entourage, à insister sur le sujet de la restriction à la liberté d’expression et à rechercher des réseaux de corruption « de l’éminence grise » de la politique polonaise. La situation économique est favorable au gouvernement actuel, la politique étrangère est également conforme à la rhétorique du ministère polonais des Affaires étrangères. L’opposition devra donc trouver ses propres réserves pour affronter dignement les populistes et les conservateurs de droite, dont les idées ont déjà envahi de nombreux pays européens.