Le 16 juin, des élections générales ont eu lieu au Guatemala, lors desquelles les habitants de ce pays d’Amérique centrale ont voté pour choisir le nouveau parlement, des maires et le nouveau président. Le premier tour de la course présidentielle a été remporté par Sandra Torres, alors que son parti a obtenu le plus de sièges au Congrès. Alejandro Giammattei a également pris part au second tour. Son parti a obtenu la deuxième place au Congrès. Toutefois, lors du deuxième tour qui a eu lieu le 11 août Giammattei a devancé Torres. Alors, le 14 janvier 2020 il sera officiellement chef du Guatemala.

La campagne électorale s’est déroulée dans le cadre d’une escalade des tensions entre les États-Unis et le Guatemala en raison des problèmes migratoires. L’afflux de migrants a coïncidé avec les élections du 11 août, lors desquelles l’ancienne première femme et ex-directeur du système pénitentiaire se sont affrontés pour se battre pour accéder au poste présidentiel.

Pendant la campagne électorale, Sandra Torres, ex-épouse de l’ancien président Álvaro Colom, a promis d’utiliser les forces armées pour lutter contre les gangs, ainsi que d’élargir les programmes sociaux dans les communautés pauvres afin d’arrêter des vagues de migrants qui fuient vers le nord. Alejandro Giammattei qui a été chef du système pénitentiaire national gravement troublé au cours de la période 2002-2007 a également promis de prendre des mesures pour lutter contre le crime, ainsi que d’adopter une politique encourageant l’investissement privé et la croissance économique de 6% par an.

Les deux candidats ont critiqué l’accord de sécurité avec les États-Unes qui pourrait obliger le Guatemala à accepter des milliers de migrants salvadoriens et honduriens déportés des États-Unis. Au cas où le Guatemala ne respectera pas ses engagements, le président Donald Trump a menacé de relever les droits de douane sur les exportations et de taxer les envois de fonds, ce qui entraînera la baisse du taux des obligations nationales guatémaltèques la plus importante depuis 14 mois. La visite du Secrétaire américain à la Sécurité intérieure, Kevin McAleenan, au Guatemala, a indiqué l’intérêt accru des États-Unis pour la campagne électorale. Une semaine avant les élections McAleenan a rencontré les deux candidats. En outre, le 8 août, la délégation américaine dirigée par Nancy Pelosi a visité le Guatemala.

Les analystes estiment que la prochaine administration devrait choisir le moindre de deux maux : la première option est de respecter l’accord et d’essayer de collaborer avec les États-Unis, ce qui entraînera des conséquences importantes en ce qui concerne le problème migratoire, alors que la deuxième option consiste à rejeter l’accord et à faire face à une grave menace pour l’économie. En 2017, les États-Unis ont apporté au Guatemala une aide s’élevant à 257 millions de dollars, mais le nombre de migrants a continué d’augmenter. En juin, les États-Unis ont arrêté plus de 100 000 personnes à la frontière sud-ouest, soit plus du double du nombre de l’année précédente. Beaucoup d’entre eux étaient guatémaltèques. Selon certaines estimations, 70% de la main d’œuvre du Guatemala est employée dans le secteur informel, alors que la plupart des habitants des zones rurales gagnent un salaire inférieur au salaire minimal – environ 400 dollars par mois.

À l’issue du premier tour, Torres a reçu 25,5% des voix, tandis que Giammattei n’en a obtenu que 14%, en partie en raison d’une liste de candidats surchargée comportant 19 personnes. Personne n’a obtenu suffisamment de voix pour éviter le second tour. Les sondages menés par Cid Gallup à la mi-juillet ont montré que Giammattei est en tête avec 39,5% des votes, tandis que Torres le suit avec 32,4%. Le reste des électeurs (22,8%) a déclaré qu’ils ne voteraient pour aucun des candidats. Les experts ont également noté que la participation électorale serait un élément crucial pour les résultats du scrutin de dimanche, car la plupart des partisans de Torres interrogés ont déclaré qu’ils voteraient, tandis que les partisans de Giammattei n’étaient pas si sûrs qu’ils se rendraient aux urnes. La faible participation aurait dû représenter l’avantage pour Torres. Les bureaux de vote étaient ouverts de 7h à 18h (heure locale), alors que les résultats préliminaires devraient être disponibles dimanche soir.

Outre le crime organisé que les autorités ne peuvent pas éliminer depuis des décennies, la question de la stabilité financière reste cruciale pour les électeurs. En 2018, l’économie guatémaltèque a connu une croissance de 3,1% et, selon les estimations de la Banque centrale, en 2019 la croissance anticipée est de 3%-3,8%. La dette publique du Guatemala s’élève à 24% du PIB et est l’une des plus faibles au monde. On prévoit que les envois de fonds qui sont des éléments moteurs de l’économie devraient passés de 9,3 milliards de dollars en 2018 à 10,1 milliards de dollars cette année.

Les deux candidats ont déclaré qu’ils voyaient une possibilité d’augmenter les dépenses publiques, mais le Congrès hétérogène composé de 19 partis ne permettrait au président d’affaiblir le trésor. Puisqu’aucun parti n’aura la majorité au congrès unicaméral de 160 sièges, le président devra chercher le soutien de la coalition. À l’issue des élections de juin, le parti de Torres a formé le plus grand bloc au sein du Congrès avec 53 sièges, tandis que le parti Vamos dirigé par Giammattei a obtenu 16 sièges, ce qui le rend le deuxième plus grand bloc.

Les économistes estiment que, vu les conditions actuelles du marché, Giammattei, un conservateur, est un candidat préféré, tandis que Torres est considérée comme une gaspilleuse et, par conséquent, sa politique est moins favorable au marché. Toutefois, un congrès conservateur sur le plan financier, bien connu pour son déficit budgétaire traditionnellement faible, existe toujours, alors que le niveau de la dette publique est toujours très bas. Donc, le scénario positif avec la croissance économique de 6% par an promis par Giammattei est assez probable.

Parmi les mesures économiques proposées dans les programmes électorales, les candidats ont envisagé, comme l’année dernière, d’augmenter le déficit budgétaire de 1,8% du PIB, selon la recommandation faite cette année par le Fonds monétaire international. Pourtant, en juin, Giammattei a déclaré qu’il préconisait un déficit de 2,5% du PIB pour accélérer le développement économique et réduire la pauvreté. Le 9 août, dans une interview, Sergio Recinos, président de la Banque centrale du Guatemala, a déclaré qu’à son avis, les deux candidats soutiendraient la politique macroéconomique conservatrice du pays.

D’après Recinos, l’économie guatémaltèque guidée par la construction et le secteur financier connaîtra cette année la croissance de 3,4% et celle de 4% l’année prochaine, tandis que l’inflation demeurera dans la limite du taux cible de 3% à 5% fixée par la Banque centrale. Cette année, le gouvernement augmentera le déficit budgétaire jusqu’à 2,1% du PIB (l’an dernier il était de à 1,8% du PIB). Recinos estime que cette étape était nécessaire pour le gouvernement afin d’augmenter les dépenses sociales. Le chef de la Banque centrale a recommandé au nouveau gouvernement de procéder à une réforme fiscale visant à augmenter les impôts de 10% du PIB afin de stimuler le développement économique. Selon Recinos, la situation actuelle ne permet pas de répondre aux besoins sociaux du Guatemala, alors que le pays est confronté à une lourde tâche : améliorer les indicateurs sociaux et favoriser la croissance économique.

La pauvreté et la violence provoquant les migrations d’Amérique centrale deviennent les sujets principaux abordés lors de la campagne électorale. Outre le Guatemala, c’était aussi le cas pour les deux autres pays du triangle nord, le Salvador et le Honduras, où les élections ont déjà eu lieu. Le trafic de drogue est la principale source de revenus pour de nombreux gangs, ce qui attire les jeunes par la possibilité de faire de l’argent facile. L’ancienne première dame, Sandra Torres, avait promis d’envoyer l’armée pour lutter contre les gangs et le trafic de drogue, tandis que Alejandro Giammattei, étant directeur du système pénitentiaire expérimenté, a à son tour proposé d’imposer des peines plus sévères en cas de possession illicite d’armes.

En ce qui concerne la question de migration, Giammattei a déclaré que le pays ne pouvait pas gérer efficacement les demandes de ses citoyens, sans parler des étrangers. Le gouvernement guatémaltèque sortant a signé un accord avec les États-Unis selon lequel le Guatemala est désormais considéré comme un « pays tiers sûr » pour accueillir les demandeurs d’asile. L’accord peut obliger le Guatemala à accepter les migrants de toute l’Amérique centrale qui fuient vers le nord. Bien que les détails de l’accord n’aient pas encore été réglés, Sergio Recinos a déclaré qu’environ 2500 migrants par an pourraient obtenir l’asile au Guatemala. Il a également ajouté que les migrants entreraient en concurrence à l’emploi avec les Guatémaltèques, mais l’économie pourrait quand même les absorber. Pourtant, si leur nombre augmentait jusqu’à plus de 50 000, cela pourrait devenir un problème pour l’économie.

En juillet, le président américain Donald Trump est devenu de façon inconsciente la principale raison de la croissance économique du Guatemala, lorsqu’il a annoncé son intention d’augmenter les taxes et les droits de douane sur les envois de fonds au Guatemala. Il a ainsi provoqué la panique chez les migrants, en accroissant le montant des fonds envoyés au Guatemala jusqu’au second chiffre le plus élevé enregistré mensuellement. En juillet, les Guatémaltèques qui vivent principalement aux États-Unis ont envoyé 948 millions de dollars à leurs pays natal, soit 15,8% de plus que l’année dernière. Cela a permis à la Banque centrale de réviser ses prévisions de croissance des envois de fonds pour 2019. Ainsi, on prédit une croissance comprise entre 9,5% et 12,5% au lieu de celle prédite plus tôt (7,5%-10,5%). Par ailleurs, un faible taux de chômage aux États-Unis a été une condition favorable aux travailleurs migrants.

Deux sondages publiés une semaine avant les élections ont indiqué des résultats différents : selon l’un c’était Giammattei qui remporterait les élections avec un grand écart, tandis que l’autre a pronostiqué que Torres obtiendrait un peu plus de votes que son rival. C’était à 8,1 millions d’électeurs guatémaltèques de décider. À l’issue du scrutin, le président de la commission électorale Julio Solorzano a déclaré que le taux de participation était normal et que l’ouverture de deux bureaux de vote avait été retardée en raison de petites protestations. Pourtant, après le taux de participation de 62% au premier tour, celui de 40% au second tour était inattendu. Cela indique que les électeurs ont exprimé un intérêt pour les élections locales, tandis que le résultat de la course présidentielle n’était pas considéré comme important par l’électorat vu que les objectifs des deux candidats se ressemblaient.

Contrairement aux prévisions, le faible taux de participation n’a pas aidé l’ancienne première dame. Alors, Alejandro Giammattei ayant obtenu 57,95% des votes a vaincu son rival Sandra Torres qui n’en a reçu qu’environ 42,05%. Tard, dimanche soir, l’équipe de Torres a reconnu sa défaite. La quatrième tentative de Giammattei, âgé de 63 ans, d’accéder à la présidence a été couronnée de succès. C’est dans les années 1980 qu’il a débuté sa carrière politique. Il a occupé différents postes gouvernementaux et est devenue célèbre en tant que directeur du système pénitentiaire national. Il a occupé ce poste pendant la période de 2006 à 2009. Il a été relevé de ses fonctions après avoir être accusé d’avoir tué plusieurs prisonniers en 2006 lors d’un raid visant à réprimer une émeute dans la prison du Guatemala. Après dix mois de détention provisoire, il a été acquitté faute de preuves.

Bien que Giammattei ne soit pas un novice en politique, il n’est impliqué dans aucun scandale de corruption ou dans le trafic de drogue. Par contre, le président actuel, populiste et ancien comédien Jimmy Morales, élu sous le slogan « ni corrompu, ni voleur » a été plusieurs fois impliqué dans des affaires de corruption, y compris parmi dans celles liées à ses proches. La principale rivale de Morales et de Giammattei, Sandra Torres et son parti sont accusés de financement illégal de campagne électorale. Pour pouvoir se présenter aux élections, Torres a divorcé d’Álvaro Colom, président du Guatemala de 2008 à 2012. Colom fait actuellement l’objet d’une enquête pour fraude.

Giammattei peut être classé parmi conservateurs qui atteignent de nouveaux sommets partout dans le monde en surfant sur une vague de la déception des électeurs dans des partis et des politiciens traditionnels. Son parti n’a été fondé qu’en 2017 et s’est déjà classé au deuxième rang lors des élections au Congrès. Giammattei lui-même est plus un homme d’affaires qu’un politicien, tout comme son homologue américain. Alors, on dirait qu’un certain mélange de populisme et de pragmatisme mène de plus en plus souvent à la réussite aux élections.